Combien de temps faut-il pour apprendre le piano? La règle des 10 ans et 10 milles heures

Temps de lecture: 7 minutes

Une question qui revient parfois est celle de savoir combien de temps il faut pour apprendre le piano. Et lorsqu’on n’a pas suivi un parcours classique au conservatoire: combien de temps est-on considéré comme débutant?

Connaissez-vous la règle des 10 ans et 10 milles heures ? De quoi s’agit-il en réalité? Elle apporte quelques réponses et permet aux apprentis pianistes de se situer un peu mieux dans leur chemin d’apprentissage.

Voici plus d’explications. Et un peu du comment ces informations peuvent être utilisées au profit de votre apprentissage. 

Le délai et le nombre d’heures pour apprendre le piano

Je dirais qu’il y a au moins deux aspects importants derrière la question de savoir combien de temps il faut pour apprendre le piano: 

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Photo by Samuel Zeller on Unsplash

Premièrement, il  y a le délai dans le temps. On a envie de se projeter, de se donner un laps de temps dans sa tête, comme lorsqu’on se lance dans des études et on sait qu’il faut 3 ou 4 ou 5 ans minimum pour avoir son diplôme. Ca permet de ne pas s’affoler et de ne pas succomber à l’empressement ou au découragement. 

Et deuxièmement, il y a le temps effectif investi dans l’apprentissage pendant ce laps de temps. Mesurer ce temps passé à s’entrainer peut permettre de garder  le cap et la motivation en contrôlant qu’on est bien dans les clous de ce qu’on veut, et qu’on cumule petit à petit un certains nombre d’heures au compteur.

La règles de 10 ans et 10 milles heures d’entrainement

D’où vient cette règle?

Cette curieuse règle semble issue de travaux de recherche dans le domaine de la psychologie effectués par des scientifiques américains.

Après en avoir entendu parlé, j’ai trouvé une référence dans un article autour de la psychologie de l’entrainement à l’écriture pour ceux qui souhaitent devenir écrivains: « Training writing skills: A cognitive developmental perspective  » (article en anglais). 

L’article souligne les similitudes qu’on peut observer dans tous les apprentissages de diverses disciplines cognitives « complexes » comme l’écriture, la musique, les échecs, la dactylographie… 

Pour ces différentes disciplines, et donc a fortiori pour le piano, il semblerait que la règle de 10000 heures ou des 10 ans s’applique pour l’acquisition d’une expertise de niveau « professionnel ».

Pour un musicien « amateur » on estime qu’il faut environ 1500 heures de pratique « délibérée » (ou « ardue » ou « significative »).  Le type de pratique qui vous fait aller au delà de votre niveau actuel car elle requiert l’acquisition d’une nouvelle compétence. 

La pratique délibérée

Il ne s’agit pas simplement de répéter quelque chose que vous connaissez déjà. Typiquement les répétitions en vue d’un représentation ne semblent pas trop compter dans cette catégorie de pratique dite délibérée.

La notion de pratique « délibérée » implique une forte motivation et la ferme intention de s’améliorer, à travers un entrainement qui pousse à aller au delà du niveau de compétences qu’on a déjà acquis. 

Cette notion avait été présentée auparavant dans un autre article américain plus ancien intitulé: Le rôle de la pratique délibérée- « The Role of Deliberate Practice » (article en anglais).

En gros, quand j’ai l’impression d’avoir le cerveau en compote au bout d’une vingtaine de minutes au piano, je me dis que c’est probablement un signe que je suis en train de créer des nouvelles connexions dans mon cerveau… et que je suis sur la bonne voie d’un entrainement qui me fait avancer. Et qu’il faut que je fasse une pause aussi! bien évidemment!

Quand je m’amuse à réviser les morceaux que je connais, à un rythme confortable et que je prends plaisir à jouer… je me laisse prendre plaisir, mais j’imagine que cela ne compte pas vraiment comme temps d’entrainement. A moins que je commence à augmenter ou à ralentir sérieusement le tempo afin de me rendre la tâche plus difficile et réaffirmer ainsi ma maitrise du morceau.

D’ailleurs c’est vraiment nécessaire de s’entrainer avec des conditions différentes, plus poussées, afin d’augmenter ses chances de pouvoir jouer correctement le morceau en situations de stress/trac (comme lorsqu’on joue devant quelqu’un, dans un groupe, dans un concert).

Pour avoir quelques pistes sur la façon de se mettre à l’épreuve quand on a l’impression qu’on connait un morceau voir l’article Continuer le piano sans prendre des cours.

Atteindre le stade d’amateur initié

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La constance dans l’apprentissage du piano

On pourrait dire que si vous consacrez de façon « délibérée » en moyenne 1h par jour à des choses qui vous font avancer au piano, et si vous prenez environ 8 semaines de vacances dans l’année…

Alors on peut arrondir en disant que cela fait à peu près 300 heures par an. 

Ainsi, au bout d’environ 5 ans vous aurez cumulé autour de 1500 heures de cette pratique significative, et vous aurez développé des compétences qui vous permettent de ne plus être un  « débutant » au piano. On atteint ainsi le stade « amateur ».

Devenir professionnel

Pour devenir professionnel, le nombre d’heures de cette pratique « significative » déterminera le niveau d’expertise du professionnel.

Sachant qu’il faut quand même un délai d’environ 10 ans de pratique intensive et une forte motivation d’aller de l’avant pour arriver à devenir professionnel dans la discipline en question. 

Devenir Virtuose

Ainsi, selon l’article cité précédemment, les meilleurs des meilleurs violonistes (pianistes dans notre cas) auront accumulé plus de 10000 heures d’entrainement solitaire.

Tandis que les autres auraient proportionnellement moins d’heures à leur compteur: 7500 heures pour ceux qui ont un peu moins de virtuosité, 5000 heures pour les moins aguerris,  et seulement 1500 pour les amateurs.

Les débuts de ma comptabilité

Etudiante en école d’ingénieur

Lorsque j’étais étudiante en école d’ingénieur, je culpabilisais parfois de ne pas assez travailler mes cours. Il faut dire qu’après 40 heures de cours par semaine et les révisions pour les examens toutes les 2 semaines, j’avais l’impression qu’il ne me restait pas assez de temps pour « vivre ». 

N’ayant aucun point de repère pour soulager mon anxiété et mes conflits existentiels -entre mon devoir étudiante et l’envie de m’amuser ou tout simplement de prendre du temps pour moi-, j’avais naturellement commencé à comptabiliser le temps passé à réviser mes cours et à préparer les contrôles.

Ca me permettait de voir si globalement par rapport à moi même, je m’investissais régulièrement. Où savoir si au contraire j’étais en train de lâcher l’affaire.

Et surtout, ça me permettait de quantifier mes efforts… ça devenait concret! J’avais alors l’impression d’avoir fait de mon mieux si j’avais rempli mon quota minimum de travail personnel.

Lorsque j’avais moins d’heures de révisions au compteur d’une semaine donnée, ça me donnait un coup de boost. Ca devenait un motif pour m’y mettre et plus ou moins tenter de redresser le chiffre de la semaine.

Une apprentie pianiste adulte

Quand j’ai commencé à apprendre le piano adulte, je ne savais vraiment combien de temps je travaillais le piano.

J’avais une heure de cours hebdomadaire et ma seule préoccupation était d’avoir quelque chose à montrer la semaine suivante. En gros, montrer que j’avais travaillé et avancé dans l’exercice ou le morceau du moment. 

Ce rythme hebdomadaire m’amenait naturellement vers une certaine régularité. Et à vrai dire, je n’avais pas plus d’une heure environ par jour, en moyenne, à consacrer au piano.

C’était des cours particuliers et j’étais mon seul repère. Moi par rapport à moi, face à un prof très bienveillant qui s’adaptait à ma demande. Ce prof a d’ailleurs été pour moi une de ces rencontres décisives dans ma vie comme je décris dans l’article « Croire en notre capacité musicale envers et malgré nous ».

Je ne voulais pas suivre une méthode pour enfants, je voulais juste m’accompagner au piano et chanter les chansons pop qui me tenaient à coeur. Tout ça à mon rythme et pour mon plaisir personnel.

Pour ça je m’engageais à faire les exercices de la première partie du Hanon (au minimum). Puis, j’apprenais par coeur les accompagnements piano des chansons que je voulais. Je les trouvais sur internet ou dans les « songbooks » empruntés à la médiathèque de ma ville. Mon prof m’aidait pour les doigtées et les aspects techniques.

Mais, un jour est arrivé où mon prof s’apprêtait à déménager dans le sud de la France. J’ai j’ai du chercher par quel moyen j’allais continuer le piano. 

Je ne savais pas vraiment quel était mon niveau. Difficile à dire n’est-ce pas? lorsqu’on ne suit pas vraiment le parcours classique dans un conservatoire.

Une Ecole de musique qui accepte les débutants en piano

J’ai fini par me décider à intégrer une école de Jazz et musiques actuelles qui acceptait tous les niveaux.

J’ai commencé ainsi à fréquenter les cours collectifs avec des élèves de profils très divers. En piano ou d’autres instruments, ils allaient de mon niveau « débutant » jusqu’à plusieurs dizaines d’années d’expérience avec leur instrument!

Ces derniers, parfois musiciens professionnels, venaient juste pour approfondir leur connaissances théoriques et apprendre le jazz.

Je n’ai pas pu m’empêcher de sombrer dans les doutes sur ma capacité à mener à bien mon projet de continuer le piano. Au sujet des doutes voir aussi: Faut-il avoir du talent pour apprendre le piano? et Est-il trop tard pour apprendre le piano?.

A la fin de l’année j’avais l’impression d’avoir régressé. Je ne savais même plus jouer ce que j’avais appris par coeur pendant mes deux années d’initiation au piano. Et je n’arrivais pas encore à jouer rien de nouveau. J’aurais été incapable de montrer quoique ce soit dans une audition.

Depuis, j’ai décidé de revenir à mon habitude de noter dans un carnet le temps passé sur mon piano. Un peu pour me remonter le moral. J’ai aussi changé d’école après cette première année, mais ça c’est une autre histoire…

Pourquoi mesurer le temps d’entraînement?

D’abord parce que ça me motive!

Aussi, pour me donner des repères, quantifier mes efforts, me situer, me projeter… et me détacher autant que possible des effets nocifs des comparaisons inévitables. 

Pour diminuer les doutes causés par les préjugés liés à l’âge et au mythe du talent inné.

Puis, pour me permettre d’apprécier au mieux mon investissement et profiter au mieux du sentiment de satisfaction qui s’en suit.

Et vous, mesurez-vous votre temps d’entrainement? Pourquoi ? et qu’est-ce que cela vous apporte ?

N’hésitez pas à me laisser vos commentaires ci-dessous. Et si vous avez aimez l’article, n’hésitez pas à le partager autour de vous!

Bonus: Calendrier d’entrainement

On n’a pas forcément besoin d’un support particulier pour noter le temps passé sur l’instrument, une feuille ou un carnet quelconque peuvent très bien faire l’affaire.

Mais, parfois ça aide de faire ça sur un calendrier pour se motiver et avoir une vision synthétique de l’ensemble.

D’ailleurs, c’est sur les conseils d’un prof qu’un de mes fils m’a demandé de lui imprimer un calendrier pour noter le temps passé à s’entrainer au violon.

J’en ai profité pour finir de mettre au point celui que j’avais commencé pour moi, et je lui ai imprimé le même. Ca avait l’air de lui plaire.

Si vous voulez voir à quoi ressemble le calendrier (pas besoin de rentrer votre adresse mail):

Joyeux entrainement!!

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2 réponses sur “Combien de temps faut-il pour apprendre le piano? La règle des 10 ans et 10 milles heures”

  1. J’ai adoré votre article, merci… Moi qui me considère comme une débutante ayant commencé il y a 7 ans, à 50 ans, et sans aucune connaissance musicale… 1h de piano par semaine avec un prof, et 1h par jour sur 5jours environ… Je prend beaucoup de plaisir, mais difficile de « rivaliser » avec les jeunes…!!!

    1. Merci pour votre commentaire.
      Je pense que vous frôlez bien le seuil des 1500 heures ! Si on arrondi vers le bas à 5 heures par semaine, soit 20 h par mois, pendant 10 mois, ça fait environ 200 heures par an sur 7 ans, donc autour de 1400 heures. Bravo! bientôt niveau « amateur » plutôt que niveau « débutant » ;p.
      Par rapport aux jeunes, mon esprit a toujours résisté face à l’idée qu’on apprend moins bien avec l’âge… et pourtant je vois bien qu’il y a une différence.
      L’argument qui m’a semblé le plus logique pour l’instant vient de la prof de violon de mon fils: à partir de l’adolescence, à peu prés, on commence à aborder l’apprentissage de plus en plus avec le mental qui veut tout contrôler… et dans la musique il y a une part de laisser aller, se laisser traverser en quelque sorte, un lâcher prise nécessaire pour mieux progresser. Et sans parler de l’expérience à l’école qui semble avoir tendance à brider les élèves dans leur spontanéité. J’ai écris un autre article autour de ce sujet de l’âge et l’apprentissage: http://lepianoagile.com/age-pour-apprendre-le-piano/
      Enfin… c’est avant tout le plaisir qui compte, on est bien d’accord! Excellente continuation!

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