Croire en notre capacité musicale envers et malgré nous

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Parfois il suffit d’une personne qui croit en nous implicitement, quelqu’un qui ne montre aucun doute sur notre capacité à faire quelque chose (à apprendre le piano)…

Et nous voilà partis sur un nouveau chemin vers un nouvel horizon.

Les rencontres décisives

croire en notre capacité musicale #croireEnNous
Extraits des paroles de « Quinta Anauco » – Aldemaro romero

Aujourd’hui est un jour triste pour moi. J’ai appris le décès de mon premier professeur de piano. Un ami cher à mon coeur et sans lequel je n’aurais peut-être pas décidé de commencer à apprendre le piano.

Il était une de ces personnes qui croient de façon irrévocable en la capacité musicale de tous les êtres humains.

Il n’a jamais laissé entrevoir le moindre doute sur ma capacité à apprendre l’instrument que j’aurai envie d’apprendre. Et à fortiori le piano, me disait-il, puisque j’en rêvais depuis si longtemps.

L’idée négative de notre propre capacité musicale

Ce professeur de musique croyait qu’en chacun de ses élèves il y avait tout le potentiel pour laisser la musique s’exprimer librement. 

Ce n’était pas le résultat qui lui importait mais l’envie qu’on pouvait avoir d’apprendre la musique. Ou le chant ou le théâtre ou n’importe quelle autre forme d’art.

Certains de ses élèves disaient même, avec le sourire, qu’avec lui rien n’était jamais faux, rien n’était jamais incorrect, c’était toujours bien.

Il portait un regard empreint d’une certaine tendresse envers tous les élèves qu’il accompagnait lors des audition annuelles au mois de juin, avant les vacances d’été. C’était comme s’il les portait du regard avec son soutien palpable, une conviction intime.

Il arrive que depuis l’enfance nous trainions une certaine image négative de nos capacités (musicales en particulier, mais pas seulement).

Cela nous empêche de nous sentir légitimes et sereins pour affronter l’angoisse normale lorsqu’on aborde un nouvel apprentissage. Sachant que tout nouvel apprentissage nous fait sortir de notre zone de confort.

A chaque cours avec lui, c’était comme si je recevais une petite dose hebdomadaire de sérénité pour continuer.

Surtout lorsque je traversais des périodes où j’avais l’impression que je n’allais pas y arriver (le genre de pensées qu’on peut avoir parfois!). 

Par la suite j’ai fréquenté des cours de piano où il m’est arrivé de sortir découragée, au point qu’il me fallait la semaine pour m’en remettre!

Mais j’avais eu la grande chance de l’avoir lui comme premier soutient. Quelque chose en moi ne lâcherait plus malgré la difficulté émotionnelle, que je me suis mise au défi de continuer à gérer par tous les moyens que je pouvais trouver à ma disposition (pleurs, méditation, yoga, EFT, Reiki, visualisation, méthode Alexander, EMDR,… etc).

Il m’avait fait le cadeau de sa vision de la musique, et de l’art en général, comme outil d’expression auquel nous avions tous droit.

La musique comme moyen de transformation et de connexion

Je crois que ce qui comptait aux yeux de mon professeur de musique c’était le processus même à travers lequel quelqu’un choisi jour après jour la musique comme moyen d’expression et de développement. Le désir de progresser mis en action avec constance. Une motivation sans cesse renouvelée.

Cela ne voulait pas dire qu’on ne s’entrainait pas dans le but d’apprendre un morceau ou une technique correctement. Au contraire. Mais il était important qu’on respecte notre rythme. Qu’on soit conscient intérieurement aussi qu’à chaque étape, toute tentative d’interprétation pouvait déjà procurer et transmettre un ressenti. C’est ce qui fait de la musique quelque chose de magique… 

Quand on joue un morceau qu’on aime ou qu’on apprend à aimer un morceau qu’on travaille… cela peut être ressenti par ceux qui écoutent, quelque soit le niveau d’interprétation (allant du débutant au virtuose).

Si l’on n’est pas dans un contexte d’évaluation ou de compétition, mais dans un contexte quelconque de la vrai vie (en famille, entre amis, entre collègues, avec des inconnus en jam… ), et pourvu qu’on soit un peu attentif, on voit arriver le moment où par exemple on travaille un morceau dans le salon et on entend l’écho de la mélodie fredonnés à l’autre bout de la maison, presque par inadvertance, par quelqu’un qui se trouvait être là. 

Quelque chose dans le partage de la musique crée certains liens invisibles entre toutes les personnes présentes qu’elles aient un rôle d’écoute ou d’interprétation.

Mais ce n’est pas une mince affaire de sortir de son cocon pour aller se risquer au regard des autres, même à celui d’un prof bienveillant.

La peur de l’imperfection, les fausses notes, les faux accords

Je n’ai pas eu le temps de montrer à mon prof les derniers morceaux appris depuis le début de l’année scolaire… il n’y a pas eu d’occasion, j’ai hésité, j’attendais un peu.

Il y a ce phénomène psychologique étrange selon lequel souvent on admire tellement nos  profs et on aimerait tellement bien faire, presque pour leur « faire plaisir » ou tout du moins pour ne pas les décevoir, que ça en devient un obstacle émotionnel qui donne le hoquet au cerveau.

Attendons-nous d’être toujours trop parfaits, encore plus au top, regrettant chaque erreur, chaque fausse note, nous jugeant sévèrement après chaque fâcheuse glissade?…

Agissons-nous de la sorte sans nous rendre compte que chacun peut être, à son niveau, un instrument à travers lequel la musique peut se manifester dans le monde?

Notre attitude envers notre performance publique

A force de fréquenter une jam par mois ces derniers mois, j’ai vu des étudiants de piano de niveaux très divers s’en vouloir âprement après leur passage au piano… à se sentir découragé pour la semaine. 

Ce n’est clairement pas une question de niveau. Alors qu’est-ce qui nous empêche de laisser la satisfaction d’avoir dit « présent » nous réconforter, le temps de digérer notre prestation? 

Qu’est-ce qui nous empêche de laisser les autres apprécier ce que nous avons joué sans nous sentir obligés de nous lamenter, dévaloriser, minimiser ce que nous avons réussi à faire en public ce jour-là, à cet instant là?

Il faut un certain courage pour jouer devant quelqu’un. Même devant le téléphone qui enregistre ça peut être un calvaire lorsqu’on a pas l’habitude.

Il faut un certain courage aussi pour montrer à ceux que nous admirons le fruit de notre engagement dans l’apprentissage.

Nous savons -idéalement- que nous sommes passé de zéro à un certain niveau de fluidité et de plaisir dans notre interprétation. Nous savons comment nous avons bravé le trac pour arriver à jouer devant d’autres personnes.

Mais les autres ne le savent pas nécessairement. Il y a toujours un risque qu’ils ne se rendent pas compte du progrès que nous avons pu accomplir. Après tout, nous avons chacun nos préoccupations, et c’est normal.

Nous avons peut-être besoin d’être validés extérieurement à cause des croyances sur le fameux talent inné qu’il faut avoir pour apprendre le piano. Ca nous rend tellement vulnérables aux mots et aux comportement des autres. Alors peut-être essayons-nous l’auto-critique en guise de protection afin de devancer les critiques qui pourraient venir de l’extérieur?

Entre exigence et bienveillance: considération envers nous mêmes

Croire en notre capacité musicale #croireEnNous pour devis plus nous mêmes.
Quinta Anauco - Aldemaro Romero

J’aurais voulu montrer à mon professeur toute ma gratitude pour m’avoir aidé à franchir le pas. 

Il m’a aidé naturellement avec sa bienveillance, sa bonne humeur et sa vision très particulière de l’art comme moyen de développement personnel. 

J’ai bien souvent dit merci lorsque j’en eu l’occasion, mais j’aurais bien voulu aussi lui montrer: « regarde ce que j’ai appris ces derniers temps depuis que t’as déménagé dans le sud! C’est un peu grâce à toi que j’ai trouvé l’inspiration pour continuer! »

Mais la petite fille en moi avait peur de ne pas être à la hauteur, peur de déranger, peur d’avoir une attitude enfantine… ce n’est pas immédiat de surmonter un certain vécu, alors on y va progressivement avec bienveillance, n’est-ce pas? Ca ne sert à rien de forcer.

A croire qu’il est difficile de garder un certain niveau d’exigence – en privé- en guise de carburant pour progresser, et en même temps faire preuve de la plus haute bienveillance envers nous mêmes.

Surtout après avoir fait de notre mieux dans un contexte public, et lorsque les résultats sont en dessous de nos attentes.

Oui, on perd plus facilement les moyens dès que quelqu’un est présent pour nous écouter. Et ça n’enlève rien à tout le beau travail que nous avons accompli auparavant et qui de surcroit ne sera pas perdu!

Il devient peut être urgent pour certains d’entre nous de montrer de la considération pour tout l’effort d’investissement que nous déployons quelque soit notre performance en public.
Et d’apprendre à mettre cette intention en avant, fermement et avec douceur, lorsque quelqu’un d’extérieur se montre critique à l’égard de notre prestation. 

Dédicace

Alors à toi mon cher Maître et Ami le plus bienveillant que j’ai eu la chance de rencontrer: 

Voici le morceau vénézuélien que je voulais te montrer. Je sais que c’est loin d’être parfait, mais qu’est ce que ça fait plaisir d’en arriver là! 

Sans toi je n’aurais peut être pas osé commencer à apprendre le piano, ou ça m’aurait pris tellement plus de temps pour me décider… 

Alors permet-moi de te dire encore une fois:

MERCI à toi qui as su me montrer comment aimer la musique qui est en moi!

=> Article associé à cette vidéo: https://lepianoagile.com/quinta-anauco-aldemaro-romero-harmonisation-piano-de-groupe/

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Portez-vous bien, en tout temps.

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